Les perturbateurs endocriniens détériorent la fertilité masculine

“Je n’aurais pas dû aller à ce barbecue hier, comme on n’a pas changé de dentifrice ni aéré la chambre, je me suis réveillé stérile ce matin”!

 

Partons de ce constat: la fertilité des hommes occidentaux baisse régulièrement depuis plus de cinquante ans, en relation avec une diminution de la production de l’hormone masculine, la testostérone, ainsi que du nombre et de la qualité des spermatozoïdes.

Prenons la mesure du phénomène:

–          En France (1):

 Extrait du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire juillet 2018, Joëlle Le Moal et al, publication de Santé Publique France

A Paris, Auger(3) montrait en 1995, qu’en l’espace de 20 ans, entre 1973 et 1992 le nombre de spermatozoïdes par ml de sperme des Parisiens  avait décliné de 89 à 60* 10 (6) spermatozoïdes/ml, et que la mobilité et la normalité de leurs spermatozoïdes s’étaient gravement altérées.

Dans le monde:

Carlsen publiait déjà en septembre 1992 un article (2) qui révélait la forte diminution de la concentration en spermatozoïdes du sperme, passant de 113 à 66 *10(6)/ml, des hommes occidentaux (en majorité dans l’étude) entre 1938 et 1991, ainsi qu’une diminution plus marquée encore du volume de production de sperme. Celles-ci s’accompagnaient déjà de l’observation d’une augmentation des malformations uro-génitales des garçoaissance et des cancers du testicule.

En 2007, Travison (4) montrait que l’ampleur de la baisse du taux de testostérone chez les hommes américains mesurée sur 20 ans ne pouvait être expliquée entièrement ni par l’âge, ni par les facteurs environnementaux de l’obésité et du tabagisme. Il évoque un facteur environnemental d’influence récente, et de nature encore non identifiée.

En novembre 2017, Levine (5) stupéfie les agences de santé publique des pays développés avec sa méta-analyse portant sur des études réalisées entre 1973 et 2011, dans le monde entier: en l’espace de 50 ans, les hommes occidentaux ont perdu 50 à 60% de leur concentration en spermatozoïdes, et leur qualité s’est altérée. Le constat est clair et alarmant: la fertilité des hommes occidentaux est en danger. 15% des couples consultent aujourd’hui pour de problèmes de fertilité. Et ce problème est spécifique aux hommes vivant dans les pays développés: Amérique du Nord, Europe, Australie, Nouvelle -Zélande.

Outre la fertilité, c’est la santé même de ces hommes qui subit des altérations significatives. Jensen (6) a montré en (2009) l’étroite corrélation entre la qualité, la quantité de spermatozoïdes et le risque de morbidité ainsi que de mortalité des hommes étudiés. La qualité du sperme est un marqueur de santé puissant et indépendant. L’infertilité masculine est un marqueur de l’altération de la santé globale des hommes.

Enfin, Bonde (7) en 2016, a réalisé une méta-analyse de la littérature scientifique des 20 dernières années, qui confirme l’augmentation du risque de malformation uro-génitale, d’hypofertilité et de cancer du testicule lors d’une exposition in utero à des perturbateurs endocriniens, d’au moins 135%. L’auteur constate par ailleurs la nécessité de réaliser davantage de travaux sur ce problème, encore mal cerné.

Du côté des femmes, le constat est clair: la quasi totalité des femmes françaises (et occidentales) est contaminée par de multiples polluants, comme le montre cette enquête de Santé Publique France (62) parue en décembre 2016 conduite auprès de femmes enceintes:

“Les résultats montrent que la majorité des polluants recherchés sont présents et quantifiés chez la quasi-totalité des femmes enceintes de l’étude. Ce constat confirme l’omniprésence des polluants de l’environnement étudiés et ce malgré les restrictions d’usage de certains d’entre eux (DEHP, PCB). Les concentrations mesurées sont néanmoins inférieures à celles observées dans les études antérieures françaises et étrangères. Ainsi, les femmes enceintes françaises sont toutes concernées par les expositions aux polluants organiques de l’environnement mesurés dans cette étude, mais à des niveaux moindres que dans le passé.
En France, les femmes enceintes sont plus exposées aux pyréthrinoïdes (pesticides présents par exemple dans les produits antipoux, antipuces, insecticides) et aux PCB (substances isolantes) que dans d’autres pays comme les États-Unis.
Les résultats de l’étude permettent aussi de confirmer les sources d’exposition connues des polluants mesurés : alimentation,  tabac, produits d’hygiène et cosmétiques, pesticides, etc.

Comparativement aux États-Unis, les femmes enceintes françaises sont plus exposées aux pyréthrinoïdes (pesticides utilisés par exemple dans les produits antipoux, antipuces, insecticides) et aux PCB (substances isolantes). Ces différences, déjà observées en population générale dans l’étude ENNS (Étude nationale nutrition-santé mise en œuvre par Santé publique France en 2007), pourraient en partie s’expliquer par des différences de comportements, d’usages et de réglementations entre ces pays (62).”

Les scientifiques et les politiques n’ont pas les mêmes priorités: pour les scientifiques, le danger est réel, le préjudice majeur, et l’urgence d’agir absolue. Les politiques, eux, ménagent des intérêts “divers”, et la réglementation piétine. La France par exemple s’est fendue le 3 mai 2011 d’une proposition de loi votée par l’assemblée nationale comme un seul homme, énonçant que sur le territoire français: “la fabrication, l’importation, la vente ou l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols sont interdites” (63). Le texte moisit depuis, dans les archives du Sénat (63). La Commission Européenne ne parvient pas à donner au moins une définition des perturbateurs endocriniens, et s’est fait retoquer le 4 octobre 2017 par le Parlement Européen (64), qui a refusé un texte vide de sens. Le temps passe…

C’est la responsabilité des professionnels de santé de prendre dès maintenant toutes les mesures utiles pour protéger les personnes, depuis leur conception jusqu’à l’âge adulte vis à vis des facteurs toxiques de notre environnement qui assaillent leur santé et leur fertilité. L’information de la population vis à vis des dangers auxquels nous sommes confrontés est une étape cruciale, car elle permet aux individus de décider, pour eux-mêmes, leurs êtres chers, et leurs concitoyens, de changer le cours des choses dès à présent.

L’institut d’hygiologie s’inscrit dans cette démarche et propose un dossier d’information sur les perturbateurs endocriniens, qui est surtout un guide pour l’action.

Nous publierons chaque semaine un chapitre du dossier, ne manquez rien, abonnez vous.

Références bibliographiques

1/ http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2018/22-23/2018_22-23_1.html

2/ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1883354/

3/ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7816062

4/https://www.researchgate.net/publication/6732874_A_Population-Level_Decline_in_Serum_Testosterone_Levels_in_American_Men

5/ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28981654

6/ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19635736

7/ https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27655588

62/ http://www.santepubliquefrance.fr/Actualites/Exposition-des-femmes-enceintes-francaises-aux-polluants-de-l-environnement-Tome-1-les-polluants-organiques/Questions-Reponses

63/ http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl10-486.html

64/ https://www.politis.fr/articles/2017/10/perturbateurs-endocriniens-que-va-faire-le-parlement-europeen-37678/